Marine Ondra


Artiste, peintre
Sud Ouest, France





J'ai grandi dans les Landes, où je vis et travaille actuellement. J'ai construit ma pratique à travers un triple parcours en Beaux-Arts, Design graphique et Arts appliqués. Des immersions culturelles en Asie et en Amérique du Sud, ainsi qu’une enfance au bord de l'océan, ont nourri un imaginaire ancré dans les mondes végétal et marin. Je travaille principalement la peinture acrylique sur toile, mur et papier, faisant dialoguer formes abstraites et géométriques dans un univers aux couleurs vives et saturées. Mon parcours de graphiste et mon rapport au numérique confèrent à ce travail une esthétique précise et construite, sensible aux patrimoines matériels et immatériels.




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Texte critique par Léa Gouy





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marine.ondra@gmail.com



    La pratique de Marine Ondra naît d’une rencontre improbable entre deux univers que tout semble opposer. Les formes qui habitent ses œuvres viennent du vivant - du monde végétal et sous-marin en particulier - mais elles y apparaissent transformées, stylisées et traitées avec la précision d’un œil formé au design graphique. Pour l’artiste, il ne s’agit pas de reproduire la nature, ni même de l’imiter. Elle s’en approprie les structures, les rythmes et les élans pour les réinventer selon ses propres aspirations. Marine Ondra ne choisit pas entre le sensible et le rationnel, entre les pratiques plastiques et l’outil numérique. Elle les fait coexister dans un langage abstrait qui réconcilie ce que tout semble opposer.
            
      Ce qui fait la singularité de son œuvre tient précisément à cette hybridité, à cette capacité à faire dialoguer le traditionnel et le contemporain. Son processus créatif porte en lui cette double appartenance. Pour ses toiles, elle élabore une première composition sur ordinateur. S’inscrivant dans une tradition héritée des années 1960-1970, Marine Ondra décrit cet outil comme « le prolongement de sa main ». L’ordinateur lui permet d’aller chercher « des formes saillantes et complexes » que le geste seul ne pourrait obtenir, de travailler en collage - ce que la toile ne permet guère -, ou encore de créer de la répétition dans ses formes, à l’image d’un bug visuel proche du glitch art (Sans titre, 2026). Pour ses petits formats, Marine Ondra procède différemment. Son processus se fait plus intuitif, délesté de tout contrôle. Concernant ses collages, elle prépare d’abord ses papiers à la peinture avant de découper des formes au hasard. Dès lors que l’une d’elles retient son attention, elle entreprend de la mettre en composition, de la faire dialoguer avec d’autres formes et couleurs jusqu’à ce qu’une harmonie s’impose. Dans d’autres cas, Marine Ondra compose directement sur le papier, réinterprétant des formes de son répertoire et superposant les couches de peinture au fur et à mesure. Le geste y est pleinement souverain, conférant aux formes géométriques un aspect beaucoup plus organique (Sans titre, 2026 ; Tryptique « Feuillage », 2026) que la toile, plus structurée, retient davantage.

    Si, au premier abord, son oeuvre semble s’inscrire dans le courant de l’abstraction géométrique, Marine Ondra s’en distingue en choisissant des formes singulières, en rupture avec les traditionnels motifs géométriques. Ainsi, elle n’est pas de celles que nous qualifierons d’abstraction « froide » à l’image de Piet Mondrian (1872-1944), cultivant une rigueur géométrique pure. À l’instar de Vassily Kandinsky (1866-1944) et de Paul Klee (1879-1940), elle semble davantage s’inscrire dans la tendance « chaude » de l’abstraction qui se caractérise par sa liberté, sa spontanéité et sa quête d’expression de sentiments intérieurs. Ce que Kandinsky postulait ainsi - l’abstraction serait une expérience intérieure - trouve une résonance concrète dans son œuvre. Il y a, dans la pratique de Marine Ondra, quelque chose de l’ordre de la mémoire visuelle. Ses couleurs viennent de loin : d’un marché en Asie, d’un lieu de culte en Amérique du Sud, de plongées sous-marines où la bioluminescence des fonds marins lui a révélé une autre façon d’habiter la couleur. Sa palette, bien que restreinte, est d’une vivacité sans commune mesure. Sa couleur n’est pas décorative, elle est expressive. Elle porte en elle quelque chose de lointain et de vivant. 

    C’est peut-être là, le geste le plus juste pour définir la pratique de Marine Ondra. Dans la rigueur apparente de ses compositions, celle-ci cherche à offrir quelque chose d’analogue à « une respiration », à un espace hors du temps dans un monde en perpétuelle tension. Elle le formule elle-même : « j’ai envie de transmettre quelque chose de positif et de joyeux. [...] d’offrir un moment de contemplation, de retour à soi et à son imaginaire ». Le sujet en tant que tel ne l’intéresse guère. Ce qu’elle propose, nous pourrions le nommer : une grammaire du vivant. Les formes de la nature sont pensées comme autant de signes à interpréter, libres de toute narration. Ses œuvres invitent à oublier les images convenues du monde pour apprendre à voir ce qu’un œil formé au design graphique et aux beaux-arts peut en extraire. Et c’est là, entre des formes atypiques et des couleurs saturées, qu’un paysage peut commencer à se reformer et qu’un récit commence à se raconter. Marine Ondra n’impose rien, elle nous offre un espace de liberté.

Léa Gouy