Marine Ondra
Artiste, peintre
Sud Ouest, France
Biographie
Marine Ondra est artiste peintre et plasticienne. Formée aux Beaux-Arts de Bordeaux ainsi qu’en design graphique et arts appliqués, elle développe une pratique à la croisée de ces influences, où la précision du regard graphique rencontre une approche plus sensible et contemplative propre à la peinture.
Après quinze années passées à Bordeaux, elle vit et travaille aujourd’hui dans les Landes. Son travail s’est également nourri de longues immersions culturelles en Asie et en Amérique du Sud, qui ont enrichi son regard et nourri une attention particulière aux couleurs, aux formes et aux équilibres du monde naturel.
Elle a présenté son travail dans le cadre de plusieurs expositions et collaborations, notamment à la Galerie des Arts Gentier, à la Maison BYAA art et architecture, ainsi que dans le cadre d’un projet avec le Crédit Agricole Aquitaine. Elle a également été accueillie en résidence à la Minoterie de Mauzé-sur-le-Mignon.
Démarche artistique
La pratique de Marine Ondra naît de la rencontre entre deux cultures visuelles : celle du design graphique, avec ses exigences de composition, de rythme et d'équilibre, et celle de la peinture — plus sensible, plus contemplative, attentive à la matière et au geste. L'une et l'autre se nourrissent d'un rapport sensible au monde, à ses formes, ses matières, ses textures, qui structure son travail autant qu'il l'anime.
La composition est au cœur de sa démarche. Chaque œuvre est pensée comme un espace organisé, où les rapports de forme, de masse et de couleur obéissent à une logique interne rigoureuse. Le rythme s'impose avant même le geste, dans la phase de construction numérique qui précède le travail sur toile. Sur papier, cette rigueur cède davantage de place à l'intuition — mais la sensibilité au placement, à la tension entre les éléments, demeure.
Des formes émergent dans ce travail qui évoquent le vivant sans le citer. Elles puisent dans un répertoire mémoriel de formes — des structures retenues sans objet précis, recomposées selon une logique plastique propre. Ce ne sont pas des références, mais des résonances : organiques parce qu'elles viennent d'un corps qui a traversé des paysages, des matières, des sensations.
Entre architecture visuelle et élan sensible, l'œuvre occupe un espace intermédiaire, où le construit et l'organique se répondent. Là où la couleur, vibrante et maîtrisée, porte à la fois la structure et la lumière. Ses œuvres ne représentent pas la nature : elles en font éprouver la présence, dans un espace de matière, de couleur et de mémoire.
Texte critique par Léa Gouy
Contact
marine.ondra@gmail.com
La pratique de Marine Ondra naît d’une rencontre improbable entre deux univers que tout semble opposer. Les formes qui habitent ses œuvres viennent du vivant - du monde végétal et sous-marin en particulier - mais elles y apparaissent transformées, stylisées et traitées avec la précision d’un œil formé au design graphique. Pour l’artiste, il ne s’agit pas de reproduire la nature, ni même de l’imiter. Elle s’en approprie les structures, les rythmes et les élans pour les réinventer selon ses propres aspirations. Marine Ondra ne choisit pas entre le sensible et le rationnel, entre les pratiques plastiques et l’outil numérique. Elle les fait coexister dans un langage abstrait qui réconcilie ce que tout semble opposer.
Ce qui fait la singularité de son œuvre tient précisément à cette hybridité, à cette capacité à faire dialoguer le traditionnel et le contemporain. Son processus créatif porte en lui cette double appartenance. Pour ses toiles, elle élabore une première composition sur ordinateur. S’inscrivant dans une tradition héritée des années 1960-1970, Marine Ondra décrit cet outil comme « le prolongement de sa main ». L’ordinateur lui permet d’aller chercher « des formes saillantes et complexes » que le geste seul ne pourrait obtenir, de travailler en collage - ce que la toile ne permet guère -, ou encore de créer de la répétition dans ses formes, à l’image d’un bug visuel proche du glitch art (Sans titre, 2026). Pour ses petits formats, Marine Ondra procède différemment. Son processus se fait plus intuitif, délesté de tout contrôle. Concernant ses collages, elle prépare d’abord ses papiers à la peinture avant de découper des formes au hasard. Dès lors que l’une d’elles retient son attention, elle entreprend de la mettre en composition, de la faire dialoguer avec d’autres formes et couleurs jusqu’à ce qu’une harmonie s’impose. Dans d’autres cas, Marine Ondra compose directement sur le papier, réinterprétant des formes de son répertoire et superposant les couches de peinture au fur et à mesure. Le geste y est pleinement souverain, conférant aux formes géométriques un aspect beaucoup plus organique (Sans titre, 2026 ; Tryptique « Feuillage », 2026) que la toile, plus structurée, retient davantage.
Si, au premier abord, son oeuvre semble s’inscrire dans le courant de l’abstraction géométrique, Marine Ondra s’en distingue en choisissant des formes singulières, en rupture avec les traditionnels motifs géométriques. Ainsi, elle n’est pas de celles que nous qualifierons d’abstraction « froide » à l’image de Piet Mondrian (1872-1944), cultivant une rigueur géométrique pure. À l’instar de Vassily Kandinsky (1866-1944) et de Paul Klee (1879-1940), elle semble davantage s’inscrire dans la tendance « chaude » de l’abstraction qui se caractérise par sa liberté, sa spontanéité et sa quête d’expression de sentiments intérieurs. Ce que Kandinsky postulait ainsi - l’abstraction serait une expérience intérieure - trouve une résonance concrète dans son œuvre. Il y a, dans la pratique de Marine Ondra, quelque chose de l’ordre de la mémoire visuelle. Ses couleurs viennent de loin : d’un marché en Asie, d’un lieu de culte en Amérique du Sud, de plongées sous-marines où la bioluminescence des fonds marins lui a révélé une autre façon d’habiter la couleur. Sa palette, bien que restreinte, est d’une vivacité sans commune mesure. Sa couleur n’est pas décorative, elle est expressive. Elle porte en elle quelque chose de lointain et de vivant.
C’est peut-être là, le geste le plus juste pour définir la pratique de Marine Ondra. Dans la rigueur apparente de ses compositions, celle-ci cherche à offrir quelque chose d’analogue à « une respiration », à un espace hors du temps dans un monde en perpétuelle tension. Elle le formule elle-même : « j’ai envie de transmettre quelque chose de positif et de joyeux. [...] d’offrir un moment de contemplation, de retour à soi et à son imaginaire ». Le sujet en tant que tel ne l’intéresse guère. Ce qu’elle propose, nous pourrions le nommer : une grammaire du vivant. Les formes de la nature sont pensées comme autant de signes à interpréter, libres de toute narration. Ses œuvres invitent à oublier les images convenues du monde pour apprendre à voir ce qu’un œil formé au design graphique et aux beaux-arts peut en extraire. Et c’est là, entre des formes atypiques et des couleurs saturées, qu’un paysage peut commencer à se reformer et qu’un récit commence à se raconter. Marine Ondra n’impose rien, elle nous offre un espace de liberté.
Léa Gouy
crédit photo : Elodie Rambaud